Pièges à phéromones contre le frelon asiatique : où en est la recherche ?
Depuis que je piège le frelon asiatique, je suis de près les évolutions des attractants. J’ai commencé avec les mélanges maison, je suis passé aux attractants BSI, et je regarde ce qui arrive sur les phéromones. Voici un état honnête de la situation : ce qui existe, ce qui est prometteur, et ce qu’on peut en attendre à court terme.
Qu’est-ce qu’un piège à phéromones
Une phéromone est une substance chimique produite par un insecte pour communiquer avec ses congénères. Les phéromones sexuelles attirent les partenaires. Les phéromones d’agrégation attirent d’autres individus vers une source de nourriture ou un site de nidification. Les phéromones d’alarme déclenchent des comportements défensifs.
Un piège à phéromones utilise une ou plusieurs de ces substances synthétisées pour attirer l’insecte cible dans un dispositif de capture. C’est une technologie qui fonctionne bien sur d’autres espèces. Les pièges à phéromones pour lépidoptères ravageurs (pyrale du maïs, carpocapse) sont utilisés en agriculture depuis des décennies. L’intérêt : une attractivité très spécifique à l’espèce cible, sans capturer les insectes non cibles.
Pour le frelon asiatique, c’est précisément cet avantage qui motive la recherche. Les attractants alimentaires actuels (bière, vin blanc, sirop) capturent aussi des guêpes, des frelons européens et parfois des pollinisateurs. Une phéromone spécifique à Vespa velutina résoudrait ce problème.
Où en est la recherche sur le frelon asiatique
Les travaux sur les phéromones du frelon asiatique ont pris de l’ampleur à partir de 2015-2016, avec plusieurs équipes européennes impliquées (France, Espagne, Portugal, Belgique). L’INRAE et l’IRBI (Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte, Tours) ont publié des travaux identifiant des composés chimiques présents dans les phéromones de Vespa velutina.
Les pistes les plus avancées portent sur : les phéromones sexuelles des reines (pour attirer les mâles en période de reproduction, principalement en automne), les phéromones d’agrégation liées au recrutement sur les sites de chasse, et les kairomones produites par les abeilles elles-mêmes, qui attirent les frelons et pourraient être utilisées dans les pièges placés à distance des ruches.
À début 2026, aucun produit phéromonal homologué spécifique au frelon asiatique n’est commercialisé en France. La recherche est active mais les délais entre identification d’un composé efficace et mise sur le marché d’un produit homologué sont longs.
Les produits déjà disponibles
Il existe sur le marché quelques produits présentés comme des « attractants améliorés » ou des formulations semi-synthétiques qui intègrent des composés identifiés dans les travaux de recherche. Ces produits ne sont pas des pièges à phéromones au sens strict. Ce sont des améliorations des attractants alimentaires existants, parfois enrichis de composés aromatiques ciblant les frelons.
Les attractants BSI (vendus sous différentes marques), que j’utilise depuis 2022 en complément ou en remplacement de mon mélange maison bière-vin blanc-grenadine, entrent dans cette catégorie. Ils sont plus efficaces que les mélanges purement alimentaires dans certaines conditions, mais ils ne sont pas sélectifs : ils continuent d’attirer d’autres insectes.
Pour les détails sur les mélanges qui fonctionnent, la page quel mélange pour piège frelon asiatique couvre les options actuelles. Pour la comparaison des modèles de pièges, voir la page pièges frelon asiatique 5 modèles testés.
Comparaison avec les attractants classiques
L’attractant classique bière-vin blanc-grenadine fonctionne sur le principe de la fermentation sucrée. Il imite une source de glucides que les frelons recherchent pour nourrir leurs larves. C’est efficace, c’est bon marché, mais c’est généraliste : n’importe quel insecte atttiré par les fermentats sucrés peut tomber dans le piège.
Un attractant phéromonal ciblé sur Vespa velutina aurait plusieurs avantages théoriques. D’abord, la spécificité : on réduit drastiquement les prises accidentelles d’autres espèces, y compris les abeilles. Ensuite, l’efficacité à distance : les phéromones diffusent sur des distances parfois supérieures aux attractants alimentaires. Enfin, la persistance : un diffuseur phéromonal peut rester actif plusieurs semaines sans renouvellement du liquide.
La limite actuelle : les composés identifiés fonctionnent mieux à certaines périodes de l’année (la phéromone sexuelle est pertinente en automne pour la reproduction, pas en mai pour les fondatrices). Un piège phéromonal adapté à chaque phase du cycle du frelon nécessiterait plusieurs formulations différentes selon la saison.
Quand les phéromones dépasseront le mélange bière-vin
C’est la question que tout le monde se pose. La réponse honnête : pas avant plusieurs années pour un produit homologué, accessible et testé sur le terrain à grande échelle. Les étapes entre un composé prometteur en laboratoire et un piège vendu en animalerie sont longues : tests d’efficacité terrain, dossier d’homologation, production industrielle, distribution.
Les scénarios les plus réalistes pour les apiculteurs amateurs : un attractant enrichi en composés semi-synthétiques disponible à l’horizon 2027-2028, potentiellement plus sélectif que les formulations actuelles. Un vrai piège phéromonal spécifique, probablement réservé d’abord aux professionnels et aux campagnes collectives plutôt qu’au grand public.
Ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour autant. Les progrès sur les attractants classiques continuent. Et la combinaison piégeage actif dès le printemps plus protection physique des ruches reste efficace avec les outils disponibles aujourd’hui.
Ce que je ferais à ta place
N’attends pas les phéromones pour piéger. Les outils actuels, bien utilisés (bon mélange, bon emplacement, bonne période), capturent des reines fondatrices et réduisent la pression sur tes ruches. Reste en veille sur les publications de l’INRAE et de l’IRBI si tu veux suivre l’avancement des recherches. Et quand un produit phéromonal homologué arrivera sur le marché, commence par des tests comparatifs sur quelques pièges plutôt que de basculer d’un coup, l’efficacité terrain peut différer de l’efficacité en laboratoire.