Frelon asiatique : faut-il participer aux campagnes communales de piégeage ?

Frelon asiatique : faut-il participer aux campagnes communales de piégeage ?

Chaque printemps, des campagnes communales de piégeage du frelon asiatique sont organisées un peu partout en Nouvelle-Aquitaine. Des mairies distribuent des pièges, des réseaux de bénévoles se mettent en place, des réunions d’information sont organisées. En 2024, j’ai participé à l’une de ces réunions organisées par Bordeaux Métropole. Voilà ce que j’en ai retenu, et ce que je pense vraiment de l’utilité de ces campagnes.

Ce qu’est une campagne communale de piégeage

Une campagne communale de piégeage, c’est une action coordonnée à l’échelle d’une commune ou d’une intercommunalité. L’objectif affiché : concentrer les efforts de piégeage au printemps pour capturer des fondatrices avant qu’elles n’établissent leurs nids. La logique est simple : si suffisamment de piégeurs agissent simultanément sur un territoire donné, la pression collective sur les populations de frelons asiatiques peut être significative.

Concrètement, ces campagnes prennent différentes formes. Certaines communes distribuent des pièges et du liquide attractif aux habitants volontaires. D’autres organisent simplement des réunions d’information et s’appuient sur le réseau FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) pour structurer le suivi. En Nouvelle-Aquitaine, le réseau FREDON est particulièrement actif : j’y signale les nids que je repère depuis 2022, et j’ai pu constater que les données remontées par les particuliers servent réellement à cartographier la progression de l’espèce.

Ma participation à la réunion Bordeaux Métropole 2024

En mars 2024, Bordeaux Métropole organisait une réunion publique sur le frelon asiatique, dans le cadre de sa coordination avec le réseau FREDON Nouvelle-Aquitaine. J’y suis allé en apiculteur amateur, curieux de voir ce que l’institution portait comme message et quels outils elle proposait aux participants.

Ce que j’ai apprécié dans cette réunion : la présentation était honnête sur les limites du piégeage individuel. Il n’était pas question de promettre l’éradication locale, mais bien d’expliquer comment le piégeage collectif peut contribuer à ralentir la progression, pas à l’arrêter. Les intervenants ont présenté des données de signalement sur le secteur de la Métropole, avec des cartes de densité des nids signalés par saison. C’est le genre d’information qu’on n’a pas accès autrement qu’en participant à ces réseaux.

Ce qui m’a moins convaincu : l’hétérogénéité des pièges recommandés. Certains participants repartaient avec des pièges plastique non sélectifs, sans consignes claires sur la nécessité de vérifier régulièrement les prises accessoires (abeilles, guêpes indigènes). Un piège non sélectif laissé sans surveillance devient vite un problème en lui-même.

Ce que ça apporte vraiment (et ce que ça n’apporte pas)

Ce que la campagne communale apporte, c’est d’abord de la coordination. Quand 50 personnes piègent simultanément sur un territoire de quelques kilomètres carrés, l’effet est différent de 50 personnes piégeant de façon isolée et aléatoire. La densité de pièges compte, leur positionnement sur les axes de vol des fondatrices compte, et la synchronisation des dates de pose et de relevé compte.

Ces campagnes permettent aussi de faire remonter des données utiles : nombre de fondatrices capturées par secteur, dates de première capture, localisation des nids en été. FREDON agrège ces données et les utilise pour affiner sa connaissance de la progression locale de l’espèce. En participant, tu contribues à un outil de suivi collectif qui dépasse ta propre ruche.

Ce que ces campagnes n’apportent pas : une solution suffisante à elle seule pour protéger tes ruches. Le piégeage de printemps, même coordonné à grande échelle, ne supprime pas la pression estivale et automnale sur tes colonies. Si tu es apiculteur, les muselières et les réducteurs de trou de vol restent indispensables, quelle que soit la qualité de la campagne locale. Pour un retour chiffré sur 3 saisons de piégeage personnel, va lire mon bilan complet.

Comment rejoindre un réseau local

Si tu veux participer à une démarche collective dans ton secteur, plusieurs portes d’entrée existent. La première est FREDON Nouvelle-Aquitaine pour la région : leur site permet de signaler des nids, de télécharger des fiches pratiques et de trouver les contacts locaux pour les campagnes de piégeage. J’y ai signalé 4 nids depuis 2022, et chaque signalement a bien été pris en compte dans leur base de données.

La deuxième porte d’entrée, c’est ta mairie ou ton intercommunalité. Beaucoup de communes ont maintenant un référent « nuisibles envahissants » ou un lien direct avec le réseau FREDON. Un coup de téléphone ou un mail à la mairie permet souvent de trouver rapidement le contact local pour se raccrocher à une initiative existante.

Enfin, si tu es apiculteur, ton syndicat apicole départemental (en Gironde, le GDSA 33) est un interlocuteur naturel. Ces structures ont souvent des conventions avec FREDON et peuvent faciliter ta participation aux campagnes de piégeage coordonnées. Pour aller plus loin sur les outils numériques de signalement, l’article sur l’application FREDON détaille les fonctionnalités disponibles.

L’impact collectif vs l’impact individuel

C’est la tension centrale de ce sujet. En tant qu’apiculteur, tu as un intérêt direct et immédiat à protéger tes ruches. Les mesures individuelles (muselières, réducteurs, piégeage sur ton terrain) ont un impact visible et mesurable sur ta propre situation. Tu les mets en place, tu observes le résultat, tu ajustes.

L’impact collectif d’une campagne de piégeage, lui, est diffus et difficile à attribuer. Si la pression sur tes ruches est moindre cette saison, est-ce grâce à tes pièges, à ceux de tes voisins, à un hiver difficile qui a éliminé des reines hivernantes, ou à une combinaison des trois ? Tu ne peux pas le savoir.

Pour autant, ce que les données épidémiologiques sur les espèces invasives montrent de façon cohérente, c’est que les interventions collectives sont plus efficaces que la somme des interventions individuelles. Le frelon asiatique ne connaît pas ta limite de propriété. Le nid chez ton voisin à 300 mètres envoie ses chasseresses sur tes ruches aussi bien que sur les siennes. Son piège de printemps te protège autant que le tien.

Ce que je ferais à ta place

Rejoins ta campagne locale, même si tu doutes de son efficacité directe sur tes ruches. Participe aux réunions d’information pour récupérer les données locales (cartographie des nids, densités observées dans ton secteur) et pour te raccrocher à un réseau de gens qui observent le même problème que toi. Signale chaque nid que tu repères, que ce soit via FREDON ou via ta mairie : ces données comptent. Et maintiens en parallèle tes propres mesures de protection individuelle, sans attendre que la campagne collective fasse le travail à ta place. L’un ne remplace pas l’autre.